
Considéré comme l'un des stratèges les plus brillants de la Wehrmacht, Erich von Manstein fut l'architecte du plan Sichelschnitt qui permit la victoire foudroyante contre la France en 1940. Commandant sur le front de l'Est, il mena la conquête de Sébastopol et la contre-offensive de Kharkov avant d'être limogé par Hitler en 1944.
Erich von Lewinski, futur Erich von Manstein, naquit le 24 novembre 1887 à Berlin dans une famille profondément ancrée dans la tradition militaire prussienne. Dixième enfant du général d'artillerie Eduard von Lewinski, il fut adopté dès sa naissance par le général Georg von Manstein, frère de sa mère, conformément à un arrangement familial prédéterminé. Cette adoption le plaça au cœur de l'aristocratie militaire prussienne : son père adoptif, son père biologique et son oncle Hindenburg (futur président du Reich) étaient tous des généraux. Élevé dans un environnement où le service militaire était considéré comme la vocation naturelle d'un gentilhomme prussien, le jeune Erich intégra le corps des cadets de Plön à l'âge de douze ans, puis celui de Berlin-Lichterfelde, la prestigieuse académie militaire prussienne. Il fut commissionnné comme lieutenant dans le 3e régiment de la garde à pied en 1906. Durant la Première Guerre mondiale, il servit comme officier d'état-major sur les fronts occidental et oriental, participant aux batailles de la Marne, de Verdun et à l'offensive de Broussilov. Blessé grièvement en novembre 1914, il reprit le service après sa convalescence et termina la guerre comme capitaine d'état-major, ayant acquis une solide expérience opérationnelle. Durant la République de Weimar, il poursuivit sa carrière dans la Reichswehr réduite à 100 000 hommes par le traité de Versailles, occupant divers postes d'état-major qui affinèrent ses compétences en planification stratégique et opérationnelle.
La carrière de Manstein connut une ascension rapide dans les années 1930, portée par ses talents reconnus de stratège et de planificateur. Nommé chef d'état-major du Groupe d'armées Sud en 1938, il participa à la planification de l'Anschluss et de l'invasion des Sudètes. Cependant, c'est comme chef d'état-major du Groupe d'armées A, sous le commandement de Gerd von Rundstedt, qu'il conçut le plan qui allait changer le cours de la guerre. Le plan initial d'invasion de la France, Fall Gelb, prévoyait une avance principale à travers la Belgique et les Pays-Bas, une répétition du plan Schlieffen de 1914 que les Français avaient anticipée. Manstein proposa une alternative audacieuse : le Sichelschnitt (coup de faucille), concentrant les forces blindées pour une percée à travers les Ardennes, réputées infranchissables pour les chars, puis une course vers la Manche pour couper les armées alliées en Belgique. Ce plan, initialement rejeté par l'état-major conservateur, fut présenté à Hitler lors d'un dîner en février 1940 et adopté avec enthousiasme. Le succès spectaculaire de mai-juin 1940 valida brillamment la vision de Manstein. Promu général d'infanterie, il commanda un corps d'armée lors de l'invasion de la France, puis le LVI corps blindé au début de l'opération Barbarossa. Sa progression fulgurante vers Léningrad, où son corps parcourut plus de 300 kilomètres en quatre jours, confirma ses qualités de commandant offensif. En septembre 1941, il reçut le commandement de la 11e armée en Crimée, mission qui allait établir sa réputation comme l'un des plus grands tacticiens de la guerre.
La période 1941-1944 constitua l'apogée et le déclin de la carrière militaire de Manstein. En Crimée, il mena la 11e armée dans une campagne brillante qui culmina avec la prise de Sébastopol en juillet 1942, après un siège de 250 jours et l'un des plus intenses bombardements d'artillerie de la guerre. L'utilisation du canon géant Schwerer Gustav, de calibre 800 mm, symbolisa la puissance de feu déployée contre cette forteresse. Pour cette victoire, Manstein fut promu maréchal. Transféré devant Léningrad à l'automne 1942, il fut brusquement redirigé vers le sud après le désastre de Stalingrad. Nommé commandant du nouveau Groupe d'armées Don en novembre 1942, il tenta en vain de briser l'encerclement de la 6e armée de Paulus lors de l'opération Wintergewitter. L'échec de cette tentative de sauvetage, dû en partie au refus de Paulus de tenter une percée vers le sud, marqua un moment amer. Cependant, c'est dans la contre-offensive de Kharkov, en février-mars 1943, que Manstein démontra son génie tactique le plus pur. Alors que le front semblait sur le point de s'effondrer, il laissa volontairement les Soviétiques avancer puis frappa leurs flancs exposés avec ses divisions blindées, reprenant Kharkov et stabilisant tout le front sud. Cette victoire, obtenue avec des forces très inférieures en nombre, est considérée par de nombreux historiens comme le chef-d'œuvre tactique de la guerre sur le front de l'Est. À Koursk en juillet 1943, il commanda le volet sud de l'offensive mais fut incapable de percer les défenses soviétiques en profondeur. Par la suite, il mena une série de retraites habiles face à la supériorité croissante de l'Armée rouge, préconisant une défense élastique qu'Hitler refusait systématiquement.
Les décisions de Manstein reflètent les contradictions d'un militaire brillant opérant dans un contexte moralement condamnable. Sa décision la plus conséquente fut la conception du plan Sichelschnitt, qui transforma une guerre potentiellement longue en une victoire éclair de six semaines. Sans cette audace stratégique, la chute de la France et la domination allemande sur l'Europe occidentale n'auraient peut-être pas eu lieu, ou auraient pris une forme très différente. Son insistance obstinée auprès d'Hitler pour obtenir l'adoption de ce plan, passant par-dessus la hiérarchie de l'état-major, démontra un courage intellectuel rare. En Crimée, sa décision de concentrer une puissance de feu écrasante sur Sébastopol plutôt que de tenter un assaut direct précoce permit une victoire décisive à moindre coût humain que d'autres approches auraient entraîné. Sa contre-offensive de Kharkov illustra sa capacité à prendre des décisions audacieuses sous pression : plutôt que de céder à la panique ambiante, il évalua froidement la situation et identifia le moment précis où l'ennemi serait vulnérable. Sa relation avec Hitler fut marquée par une franchise inhabituelle. Il n'hésitait pas à contredire le Führer sur les questions de stratégie, plaidant constamment pour une défense élastique permettant des retraites tactiques suivies de contre-attaques, plutôt que la doctrine hitlérienne du « pas un pas en arrière ». Ce courage lui coûta finalement son commandement le 30 mars 1944. Cependant, Manstein refusa de participer au complot du 20 juillet 1944, estimant qu'un coup d'État militaire serait catastrophique pour l'Allemagne. Cette décision ternit considérablement son héritage moral.
L'héritage d'Erich von Manstein est l'un des plus débattus parmi les commandants de la Seconde Guerre mondiale. Sur le plan militaire, il est largement considéré comme le stratège le plus doué de la Wehrmacht, surpassant même Guderian et Rommel dans l'art opérationnel. Son plan Sichelschnitt reste étudié dans les académies militaires du monde entier comme un modèle d'audace stratégique. Ses mémoires, « Victoires perdues » (Verlorene Siege), publiées en 1955, devinrent un bestseller et contribuèrent à façonner le mythe de la « Wehrmacht propre », selon lequel les militaires professionnels auraient combattu honorablement tandis que seuls les SS et le régime nazi auraient commis des atrocités. Cette thèse est aujourd'hui largement réfutée par les historiens. Lors de son procès par un tribunal militaire britannique en 1949, Manstein fut reconnu coupable de négligence face aux crimes de guerre commis dans sa zone de commandement, notamment l'exécution de prisonniers de guerre et de civils juifs par les Einsatzgruppen en Crimée. Condamné à 18 ans de prison, sa peine fut réduite à 12 ans, puis il fut libéré en 1953. Il servit ensuite comme conseiller pour la création de la Bundeswehr, la nouvelle armée ouest-allemande, influençant sa structure et sa doctrine. Le débat sur Manstein cristallise la question plus large de la responsabilité des officiers professionnels servant un régime criminel. Son génie militaire incontestable coexiste avec sa passivité face aux crimes de guerre et son refus de s'opposer activement au régime nazi, illustrant la complexité morale de cette génération d'officiers allemands pris entre devoir militaire et conscience éthique.
Le Sichelschnitt (coup de faucille) était le plan de Manstein pour l'invasion de la France : concentrer les forces blindées pour une percée à travers les Ardennes, réputées infranchissables pour les chars, puis foncer vers la Manche pour couper les armées alliées en Belgique. Rejeté par l'état-major conservateur, Manstein a présenté son plan directement à Hitler lors d'un dîner en février 1940. Sa victoire en six semaines (mai-juin 1940) a brillamment validé cette audace stratégique.
Alors que le front semblait sur le point de s'effondrer après Stalingrad, Manstein a refusé la panique générale. Il a laissé délibérément les Soviétiques avancer dans un saillant exposé, puis a frappé leurs flancs avec ses divisions blindées, reprenant Kharkov et stabilisant tout le front sud. Cette victoire a été obtenue avec des forces très inférieures en nombre contre une armée soviétique dont l'élan était sûr de lui. Les historiens la citent comme l'exemple le plus pur de l'art opérationnel de Manstein.
Manstein a refusé de rejoindre le complot du 20 juillet 1944, estimant qu'un coup d'État militaire serait catastrophique pour l'Allemagne en pleine guerre. Il préférait exercer son influence par la confrontation directe avec Hitler sur les questions stratégiques, plaidant constamment pour une défense élastique que le Führer refusait. Ce refus constitue l'aspect le plus controversé de son héritage moral, aux côtés de sa passivité face aux crimes des Einsatzgruppen dans sa zone de commandement en Crimée.
Informations recoupées avec Wikipedia et des ouvrages historiques de référence.

Adolf Hitler
Dictateur de l'Allemagne nazie de 1933 à 1945, Adolf Hitler est le principal responsable du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et de l'Holocauste. Son idéologie raciste et expansionniste a provoqué la mort de dizaines de millions de personnes à travers le monde.

Winston Churchill
Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945, Winston Churchill incarne la résistance britannique face à l'Allemagne nazie. Ses discours galvanisants et son leadership inébranlable ont été déterminants pour maintenir le moral du peuple britannique durant les heures les plus sombres de la guerre.

Joseph Staline
Dirigeant de l'Union soviétique de 1924 à 1953, Joseph Staline transforme l'URSS en superpuissance industrielle et militaire. Son leadership durant la Grande Guerre patriotique est déterminant pour la défaite de l'Allemagne nazie, mais son régime totalitaire cause des millions de morts parmi son propre peuple.

Franklin D. Roosevelt
32e président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt dirige le pays à travers la Grande Dépression et la majeure partie de la Seconde Guerre mondiale. Son programme de Prêt-Bail et sa diplomatie avec Churchill et Staline sont décisifs dans la victoire alliée, bien qu'il décède quelques semaines avant la capitulation allemande.