
Opabinia
Opabinia vécut durant le Cambrien moyen, il y a environ 505 millions d'années, dans les mers chaudes et peu profondes qui recouvraient la Laurentia (l'ancien continent nord-américain). Comme Hallucigenia, elle fait partie de la faune extraordinaire des schistes de Burgess en Colombie-Britannique. L'explosion cambrienne battait alors son plein, et les océans grouillaient de formes de vie expérimentales dont beaucoup n'ont aucun équivalent moderne. Opabinia est devenue célèbre dans l'histoire de la paléontologie pour avoir provoqué un éclat de rire lors de sa présentation à un congrès scientifique en 1972 — tant son apparence était invraisemblable. Elle appartient au groupe des radiodontes ou à leur groupe-souche, des arthropodes primitifs proches d'Anomalocaris, les premiers grands prédateurs de l'histoire de la vie.
Opabinia mesurait environ 4 à 7 centimètres de longueur, ce qui en faisait un animal de taille modeste dans les mers cambriennes. Son corps segmenté et aplati latéralement portait 15 paires de lobes natatoires latéraux qui lui permettaient de se propulser dans l'eau. L'élément le plus remarquable de son anatomie était sa trompe frontale flexible, terminée par une pince à deux mâchoires, qui s'étendait vers l'avant sur environ un tiers de la longueur totale du corps. Sa queue en éventail, composée de trois paires de lames, rappelle celle d'une crevette. Mais c'est évidemment ses cinq yeux pédonculés, disposés sur le dessus de la tête, qui lui valent sa célébrité.
Opabinia était probablement un prédateur ou un charognard actif du fond marin cambrien. Sa trompe articulée, munie d'une pince terminale, était parfaitement adaptée pour fouiller dans les sédiments et extraire de petits invertébrés à corps mou de leurs terriers. La trompe pouvait se courber vers l'arrière pour amener la nourriture à la bouche, située sous la tête (et non à l'extrémité de la trompe). Ce mécanisme d'alimentation unique n'a aucun parallèle exact dans le monde animal moderne. Opabinia se nourrissait probablement de petits vers, de larves et d'autres organismes benthiques à corps mou, fouillant méthodiquement le substrat marin avec sa trompe préhensile.
Opabinia habitait les fonds marins peu profonds des mers cambriennes tropicales, dans le même environnement que les autres organismes des schistes de Burgess. Ce milieu correspondait au pied d'un escarpement récifal sous-marin, dans des eaux relativement profondes (environ 100 mètres ou plus) mais encore dans la zone photique. Le fond était constitué de sédiments fins argilo-silteux, régulièrement perturbé par des coulées de boue sous-marines qui ensevelissaient et préservaient les communautés benthiques. Opabinia partageait son habitat avec une faune diversifiée incluant Hallucigenia, Wiwaxia, Marrella, Pikaia et le redoutable Anomalocaris, le super-prédateur apex des mers cambriennes.
L'anatomie d'Opabinia est l'une des plus étranges jamais observées dans le règne animal. Ses cinq yeux composés pédonculés, disposés en deux paires latérales et un œil médian, constituaient un système visuel sans équivalent connu. La trompe frontale flexible, terminée par une pince bifide, était probablement une appendice préhensile modifié — homologue des « grands appendices » d'Anomalocaris et d'autres radiodontes. Le corps segmenté portait 15 paires de lobes natatoires latéraux, chacun surmonté de structures en forme de branchies lamellaires. La bouche, curieusement, s'ouvrait vers l'arrière sous la tête, ce qui obligeait Opabinia à courber sa trompe pour y introduire la nourriture. La queue en éventail à trois paires de lames assurait la propulsion et le contrôle directionnel.
Opabinia était vraisemblablement un nageur actif qui se déplaçait au-dessus du fond marin grâce aux ondulations de ses 15 paires de lobes natatoires, à la manière d'une seiche moderne. Ses cinq yeux lui offraient un champ de vision étendu, probablement utile pour détecter les prédateurs et localiser ses proies dans les eaux troubles cambriennes. Sa trompe préhensile fouillait le sédiment pour en extraire de petits organismes, qu'elle ramenait ensuite vers sa bouche ventrale. Opabinia pouvait probablement aussi nager en pleine eau sur de courtes distances grâce à sa queue en éventail, qui servait de gouvernail et de propulseur complémentaire. Face aux prédateurs comme Anomalocaris, sa principale défense était probablement la fuite rapide.
Opabinia regalis fut décrite pour la première fois par Charles Doolittle Walcott en 1912, à partir de spécimens collectés dans les schistes de Burgess en Colombie-Britannique. Le nom du genre vient du col Opabin dans les Rocheuses canadiennes, proche du site de découverte. L'espèce resta relativement obscure jusqu'à ce que Harry Whittington publie une redescription détaillée en 1975, révélant sa morphologie extraordinaire avec cinq yeux et une trompe. Lors de la présentation de ces résultats à un congrès de paléontologie en 1972, l'audience éclata de rire en voyant la reconstitution — tellement l'animal semblait invraisemblable. Seuls une vingtaine de spécimens sont connus, tous des schistes de Burgess. Stephen Jay Gould popularisa Opabinia dans son livre « La Vie est belle » (Wonderful Life, 1989), en faisant un symbole de la diversité cambrienne.
| Période | Cambrien moyen / Middle Cambrian |
| Ère | Paléozoïque / Paleozoic |
| Âge | 505 Ma |
| Localisation | Schistes de Burgess, Colombie-Britannique, Canada / Burgess Shale, British Columbia, Canada |
| Longueur | 4-7 cm |
| Poids | < 5 g |
| Régime | Détritivore / Predator |
| Découverte | 1912 |
Oui, Opabinia regalis possédait bien cinq yeux composés pédonculés, disposés en deux paires latérales et un œil médian — une configuration sans équivalent dans le monde animal connu. Lors de la présentation des résultats de Harry Whittington en 1972, la salle entière éclata de rire face à la reconstitution. Ce radiodonte cambrien de 4 à 7 centimètres vivait il y a 505 millions d'années dans les mers des schistes de Burgess (Colombie-Britannique). Décrit par Walcott en 1912.
La trompe frontale d'Opabinia regalis — flexible, terminée par une pince bifide — fouillait les sédiments cambriens pour extraire de petits invertébrés à corps mou. Particularité remarquable : la bouche s'ouvrait vers l'arrière sous la tête, ce qui obligeait la trompe à se courber en U pour y amener la nourriture. Ce mécanisme d'alimentation unique n'a aucun équivalent dans la faune actuelle. Ses 15 paires de lobes natatoires propulsaient le corps au-dessus du fond marin.
Opabinia regalis appartient aux radiodontes ou à leur groupe-souche — des arthropodes primitifs proches d'Anomalocaris, les premiers grands prédateurs de l'histoire de la vie. Stephen Jay Gould a popularisé Opabinia dans « La Vie est belle » (1989) comme symbole des expériences évolutives de l'Explosion cambrienne — des formes de vie sans descendants modernes. Seulement une vingtaine de spécimens sont connus, tous des schistes de Burgess. Sa trompe est homologue des « grands appendices » d'Anomalocaris.

Modèle d'Opabinia regalis exposé au Smithsonian, montrant ses cinq yeux et sa trompe
Wikipedia Commons

Reconstitution artistique d'Opabinia regalis avec ses lobes natatoires
Nobu Tamura, CC BY-SA 3.0