
Ammonite
Les ammonites (ordre Ammonoidea) apparurent au Dévonien, il y a environ 400 millions d'années, et prospérèrent dans les océans du monde entier pendant plus de 330 millions d'années. Elles traversèrent trois grandes ères géologiques — le Paléozoïque, le Mésozoïque et une partie du Cénozoïque — survivant à plusieurs extinctions massives, dont la dévastatrice extinction du Permien-Trias qui anéantit 96 % de la vie marine. Les ammonites connurent leur apogée durant le Jurassique et le Crétacé, où elles devinrent les mollusques les plus diversifiés des océans. Leur règne prit fin brutalement lors de l'extinction Crétacé-Paléogène (K-Pg) il y a 66 millions d'années, le même événement cataclysmique qui emporta les dinosaures non aviens. Elles font partie des fossiles les plus importants et les plus étudiés de l'histoire de la paléontologie.
Les ammonites présentaient une gamme de tailles extraordinairement variée, allant de minuscules espèces d'à peine un centimètre de diamètre jusqu'à des géants absolus comme Parapuzosia seppenradensis, dont la coquille atteignait 2,5 mètres de diamètre — le plus grand céphalopode à coquille ayant jamais existé. La plupart des espèces mesuraient entre 5 et 30 centimètres, une taille comparable à celle d'une assiette. Leur coquille enroulée en spirale plane (planispirale) était divisée en chambres internes séparées par des cloisons appelées septa. L'animal vivant n'occupait que la dernière chambre, la chambre d'habitation, tandis que les chambres antérieures servaient de système de flottaison sophistiqué. Cette diversité de tailles reflète les milliers d'espèces qui peuplèrent les océans sur plus de 300 millions d'années.
Les ammonites étaient des prédateurs actifs des mers anciennes, se nourrissant principalement de petits crustacés, de plancton, de petits poissons et d'autres invertébrés marins. Comme leurs cousins modernes les nautiles, elles possédaient probablement des tentacules munis de ventouses pour capturer leurs proies, ainsi qu'un bec corné puissant (appelé aptychus) capable de broyer les carapaces de crustacés. Certaines espèces étaient sans doute des charognards opportunistes, se nourrissant de cadavres tombés sur le fond marin. Les plus petites espèces se spécialisaient probablement dans le zooplancton et les larves marines, tandis que les géants comme Parapuzosia chassaient vraisemblablement des proies plus substantielles. Des analyses isotopiques de leurs coquilles suggèrent que différentes espèces occupaient des niches écologiques variées dans la colonne d'eau.
Les ammonites peuplaient virtuellement tous les océans du globe, des eaux tropicales peu profondes jusqu'aux profondeurs abyssales. On les retrouve sur tous les continents actuels, témoignant de leur distribution mondiale avérée durant le Mésozoïque. Certaines espèces étaient pélagiques, nageant en pleine eau loin des côtes, tandis que d'autres préféraient les eaux côtières peu profondes et les plateaux continentaux. La voie maritime intérieure de l'Amérique du Nord, la Téthys (ancêtre de la Méditerranée) et les mers épicontinentales d'Europe abritaient des communautés d'ammonites particulièrement diversifiées. Leur capacité à contrôler leur flottabilité grâce à leur système de chambres leur permettait de se déplacer verticalement dans la colonne d'eau, exploitant différentes profondeurs selon les besoins alimentaires ou reproductifs.
L'anatomie des ammonites était dominée par leur coquille enroulée en spirale, divisée en chambres par des cloisons (septa) dont la ligne de jonction avec la paroi externe formait des motifs appelés lignes de suture. Ces lignes de suture évoluèrent considérablement au fil du temps : simples et ondulées chez les formes primitives du Dévonien (sutures goniatitiques), elles devinrent progressivement dentelées (sutures cératitiques au Trias) puis extraordinairement complexes et fractales chez les formes avancées du Crétacé (sutures ammonitiques). Un tube appelé siphuncle traversait toutes les chambres, permettant à l'animal de réguler la quantité de gaz et de liquide dans chaque chambre pour contrôler sa flottabilité — un système analogue aux ballasts d'un sous-marin. L'animal lui-même, un céphalopode à corps mou, occupait la chambre d'habitation avec ses tentacules, ses yeux et son bec corné.
Les ammonites étaient des nageurs actifs qui se propulsaient par réaction, expulsant de l'eau par leur hyponome (siphon) comme les calmars et les nautiles modernes. Leur coquille remplie de gaz leur conférait une flottabilité neutre, leur permettant de planer dans la colonne d'eau avec un minimum d'effort énergétique. Certaines espèces effectuaient probablement des migrations verticales quotidiennes, remontant vers la surface la nuit pour se nourrir de plancton et redescendant en profondeur le jour pour échapper aux prédateurs. La reproduction impliquait vraisemblablement un dimorphisme sexuel marqué : les formes plus petites (microconques) étaient probablement des mâles, et les plus grandes (macroconques) des femelles. Comme les nautiles actuels, elles pondaient probablement des œufs sur le fond marin. Leurs principaux prédateurs incluaient les mosasaures, les ichtyosaures et certains grands poissons.
Les ammonites sont parmi les fossiles les plus répandus, les plus collectionnés et les plus scientifiquement importants au monde. Leur nom dérive du dieu égyptien Ammon, souvent représenté avec des cornes de bélier évoquant la spirale de leur coquille. Le naturaliste français Jean-Baptiste Lamarck fut l'un des premiers à les décrire scientifiquement en 1799. Leur importance capitale en géologie réside dans leur rôle de fossiles index (ou fossiles stratigraphiques) : grâce à leur évolution rapide et leur large distribution géographique, chaque espèce caractérise une période géologique précise, permettant aux géologues de dater les couches rocheuses avec une grande précision. Des milliers d'espèces ont été décrites, réparties dans des centaines de genres. On les trouve sur tous les continents, y compris l'Antarctique. Certains gisements, comme ceux de Lyme Regis en Angleterre (où Mary Anning fit ses découvertes célèbres), de Madagascar et du Maroc, produisent des spécimens spectaculairement préservés, parfois avec leur nacre iridescente encore intacte (ammolite).
| Période | Dévonien au Crétacé / Devonian to Cretaceous |
| Ère | Paléozoïque–Mésozoïque / Paleozoic–Mesozoic |
| Âge | 400–66 Ma |
| Localisation | Mondial (tous les océans) / Worldwide (all oceans) |
| Longueur | 1 cm – 2.5 m (diamètre coquille / shell diameter) |
| Hauteur | Variable |
| Poids | Variable |
| Régime | Carnivore |
| Découverte | 1799 |
Parapuzosia seppenradensis, une ammonite du Crétacé supérieur (~85 Ma), détient le record avec un diamètre de coquille atteignant 2,5 mètres — la plus grande coquille de céphalopode jamais connue. Des spécimens exceptionnels de cette espèce sont exposés dans plusieurs musées européens. La plupart des ammonoidés mesuraient entre 5 et 30 centimètres ; les géants ne représentent qu'une fraction des milliers d'espèces ayant existé sur 330 millions d'années.
Les ammonites régulaient leur flottabilité grâce au siphuncle, un tube traversant toutes les chambres de leur coquille enroulée. En ajustant la quantité de gaz et de liquide dans chaque chambre via ce tube, l'animal se déplaçait verticalement dans la colonne d'eau — un système analogue aux ballasts d'un sous-marin. Cette adaptation leur a permis de coloniser toutes les profondeurs océaniques pendant 330 millions d'années.
Les ammonoidés sont les fossiles stratigraphiques par excellence : leur évolution rapide et leur distribution mondiale font que chaque espèce caractérise une tranche de temps précise. Les lignes de suture — la jonction entre les cloisons et la paroi externe — évoluèrent de simples courbes dévoniennes aux motifs fractals extraordinairement complexes du Crétacé. Un géologue peut dater une couche rocheuse à quelques millions d'années près en identifiant l'espèce d'ammonite qu'elle contient.

Illustration de différentes espèces d'ammonites par Ernst Haeckel
Ernst Haeckel, Public domain, via Wikimedia Commons

Fossile géant de Parapuzosia seppenradensis, la plus grande ammonite connue
Gunnar Ries, CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons