
Déinotherium
Deinotherium giganteum vécut de la fin du Miocène moyen au début du Pléistocène, il y a environ 11 millions à 1 million d'années, ce qui en fait l'un des proboscidiens à la plus longue durée d'existence. Ce géant apparut en Afrique au Miocène moyen puis se dispersa en Eurasie, colonisant l'Europe méridionale, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud entre 8 et 5 millions d'années. Trois espèces sont reconnues : D. giganteum (la plus grande, euro-asiatique), D. indicum (Asie du Sud) et D. bozasi (Afrique orientale). En Afrique, Deinotherium coexista avec les premiers hominidés, et des fossiles de D. bozasi ont été trouvés sur les mêmes sites que des restes d'Australopithecus et d'Homo habilis à Olduvai en Tanzanie. Les populations européennes et asiatiques s'éteignirent à la fin du Pliocène, tandis que D. bozasi persista en Afrique orientale jusqu'au début du Pléistocène, il y a environ 1 million d'années.
Deinotherium giganteum comptait parmi les plus grands mammifères terrestres de tous les temps. Les estimations les plus récentes lui attribuent une hauteur au garrot de 3,5 à 4,5 mètres et un poids de 8 à 12 tonnes, rivalisant avec les plus grands mammouths et le Palaeoloxodon. Certains spécimens exceptionnels du Miocène supérieur de Grèce et de Roumanie pourraient avoir approché les 5 mètres au garrot. Son crâne, proportionnellement plus court et plus haut que celui des éléphants modernes, pouvait mesurer plus d'un mètre de long. Les défenses inférieures recourbées vers le bas ajoutaient une dimension spectaculaire à sa silhouette déjà imposante. Les femelles étaient significativement plus petites que les mâles, avec un dimorphisme sexuel comparable à celui des éléphants modernes. Malgré sa taille colossale, Deinotherium avait des membres relativement graciles par rapport à sa masse, suggérant un animal moins lourd que les estimations les plus hautes.
Deinotherium était un herbivore brouteur spécialisé, se nourrissant principalement de feuilles, de branches, d'écorce et de fruits d'arbres et d'arbustes. Contrairement aux éléphants modernes qui sont des herbivores mixtes (brouteurs et paisseurs), les analyses de micro-usure dentaire de Deinotherium montrent des patrons caractéristiques d'un brouteur strict, consommant peu ou pas d'herbes. Ses molaires bilophodontes (à deux crêtes transversales), structurellement différentes des molaires lamellaires des éléphants, étaient adaptées au cisaillement de feuilles et de matière végétale tendre plutôt qu'au broyage de graminées abrasives. Ses défenses inférieures recourbées servaient probablement à arracher l'écorce des troncs d'arbres, à déterrer des racines ou à creuser le sol à la recherche d'eau souterraine. La trompe, bien que sa morphologie exacte soit spéculative, était certainement un organe préhensile essentiel pour attraper les branches hors de portée de la bouche et les amener vers les molaires.
Deinotherium occupait des environnements forestiers et boisés chauds, depuis les forêts tropicales et subtropicales d'Afrique jusqu'aux forêts méditerranéennes et tempérées chaudes d'Europe. Son adaptation au broutage de feuilles le liait étroitement aux habitats arborés, et sa répartition géographique suivait la distribution des forêts et des zones boisées à travers l'Ancien Monde. En Europe, les principaux fossiles proviennent de Grèce (site de Pikermi), de Roumanie, d'Allemagne et d'Espagne, associés à des faunes forestières subtropicales du Miocène supérieur. En Afrique, D. bozasi est attesté dans les sites paléoanthropologiques de la vallée du Rift : Olduvai en Tanzanie, Koobi Fora au Kenya et la vallée de l'Omo en Éthiopie, dans des contextes de savanes boisées et de galeries forestières le long des cours d'eau. Le refroidissement climatique du Pliocène et l'expansion des prairies au détriment des forêts sont considérés comme les facteurs principaux de son déclin progressif.
L'anatomie de Deinotherium le distinguait radicalement des autres proboscidiens par la position unique de ses défenses. Contrairement aux éléphants et aux mammouths dont les défenses (incisives supérieures modifiées) pointent vers l'avant et vers le haut, Deinotherium possédait des défenses sur la mandibule inférieure, recourbées vers le bas et vers l'arrière, formant un crochet spectaculaire. La mâchoire supérieure était entièrement dépourvue de défenses, une caractéristique unique parmi les proboscidiens avancés. Le crâne était plus court et plus haut que celui des éléphants, avec un front aplati et des arcades zygomatiques massives. Ses molaires bilophodontes, avec deux paires de crêtes transversales, représentent un plan dentaire primitif par rapport aux molaires lamellaires complexes des éléphants et des mammouths. Le squelette postcrânien était robuste mais avec des proportions différentes des éléphantidés : les membres étaient relativement plus longs par rapport au tronc, et la colonne vertébrale était plus horizontale, donnant à l'animal un profil différent de celui des éléphants modernes.
Le comportement de Deinotherium peut être inféré par analogie avec les éléphants modernes, ses plus proches parents vivants, bien que la divergence évolutive entre les deux lignées remonte à plus de 20 millions d'années. Sa grande taille et son alimentation de brouteur suggèrent un animal nécessitant de vastes territoires forestiers et des déplacements réguliers pour trouver suffisamment de nourriture. Les éléphants modernes de forêt (Loxodonta cyclotis) parcourent quotidiennement des distances considérables entre les zones de nourrissage, et Deinotherium suivait probablement un schéma similaire. Sa structure sociale était vraisemblablement matriarcale, comme chez tous les proboscidiens étudiés, avec des troupeaux de femelles et de jeunes guidés par une matriarche expérimentée. Les mâles adultes menaient probablement une vie solitaire ou en petits groupes, ne s'associant aux femelles que durant la période de reproduction. Les défenses inférieures servaient peut-être de signal visuel lors des interactions sociales et des confrontations entre mâles rivaux.
Deinotherium fut décrit pour la première fois en 1829 par le naturaliste allemand Johann Jakob Kaup à partir d'un crâne partiel découvert en Hesse, en Allemagne. Le nom signifie « terrible bête » (grec : deinos « terrible » + therion « bête »), donné en raison de la taille impressionnante et de l'aspect inhabituel de l'animal. Les fossiles de Deinotherium sont distribués à travers l'Afrique, l'Europe méridionale et l'Asie du Sud, avec des sites majeurs en Grèce (Pikermi, site classique du Miocène supérieur), en Roumanie, en Allemagne, au Kenya (Koobi Fora), en Tanzanie (Olduvai Gorge) et en Éthiopie (vallée de l'Omo). Le plus grand crâne connu, découvert en Crète, mesure 1,2 mètre de long. Des squelettes remarquablement complets ont été exhumés en Roumanie et en Grèce. En Afrique orientale, les fossiles de D. bozasi sont souvent trouvés en association avec des outils de pierre et des restes d'hominidés, fournissant un contexte environnemental crucial pour comprendre l'évolution humaine. La phylogénie moléculaire confirme que les Deinotheriidae forment un groupe frère des Elephantidae, ayant divergé très tôt dans l'histoire des proboscidiens.
| Période | Miocène — Pléistocène inférieur / Miocene — Early Pleistocene |
| Ère | Cénozoïque / Cenozoic |
| Âge | 11 - 1 Ma |
| Localisation | Afrique, Europe, Asie du Sud / Africa, Europe, South Asia |
| Longueur | 4 m |
| Hauteur | 4.5 m (au garrot / at shoulder) |
| Poids | 10-14 tonnes |
| Régime | Herbivore |
| Découverte | 1829 |
Deinotherium giganteum est le seul proboscidien avancé dont les défenses poussaient sur la mâchoire inférieure, recourbées vers le bas et vers l'arrière comme des crochets. La mâchoire supérieure était entièrement dépourvue de défenses. Ces crochets inférieurs servaient probablement à arracher l'écorce des arbres, creuser le sol ou déterrer des racines dans les forêts d'Afrique, d'Europe et d'Asie du Sud.
Deinotherium giganteum atteignait 3,5 à 4,5 mètres au garrot pour un poids de 8 à 14 tonnes, ce qui en fait l'un des plus grands mammifères terrestres connus. Certains spécimens du Miocène supérieur de Grèce et de Roumanie approchaient probablement 5 mètres au garrot. Le plus grand crâne connu, découvert en Crète, mesure 1,2 mètre de long.
L'espèce africaine Deinotherium bozasi coexista avec Australopithecus et Homo habilis en Afrique orientale. Ses fossiles ont été découverts sur les mêmes sites paléoanthropologiques d'Olduvai (Tanzanie), Koobi Fora (Kenya) et de la vallée de l'Omo (Éthiopie). Cette espèce s'éteignit il y a environ 1 million d'années, au début du Pléistocène.

Deinotherium giganteum, un proboscidien aux défenses recourbées
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Deinotherium giganteum, un cousin géant des éléphants modernes
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