
Anhanguera
Anhanguera blittersdorffi vécut au Crétacé inférieur, il y a environ 112 à 100 millions d'années, durant l'Albien au Cénomanien. Ce ptérosaure brésilien de grande taille est l'un des représentants les plus importants des anhanguéridés, une famille de ptérodactyloïdes piscivores qui dominait les cieux au-dessus des mers du Crétacé inférieur. Découvert dans la Formation Santana du bassin d'Araripe au nord-est du Brésil, Anhanguera a joué un rôle central dans la compréhension de la diversité et de l'écologie des ptérosaures crétacés. Il vivait à une époque de transition majeure : l'Atlantique Sud s'ouvrait entre l'Amérique du Sud et l'Afrique, créant de nouveaux environnements marins riches en proies. Anhanguera coexistait avec Tropeognathus et Tapejara dans le bassin d'Araripe, illustrant la remarquable diversification écologique des ptérosaures brésiliens. Des fossiles de formes apparentées ont été trouvés en Angleterre, en Australie et au Maroc, suggérant une distribution quasi mondiale.
Anhanguera était un grand ptérosaure avec une envergure estimée entre 4 et 5 mètres, le plaçant entre les petits ptérosaures comme Tapejara et les géants comme Tropeognathus. Son crâne allongé mesurait environ 50 centimètres de long, dominé par un rostre garni de dents coniques. Son poids estimé se situait entre 10 et 15 kg. La crête crânienne d'Anhanguera était moins spectaculaire que celle de Tropeognathus : une crête osseuse arrondie ornait le sommet du prémaxillaire (museau supérieur), s'élevant au-dessus de la ligne du bec comme un aileron bas. Certaines espèces portaient également une crête sur la mandibule inférieure. Le corps était compact et aérodynamique, avec de longues ailes étroites typiques des ptérosaures pêcheurs hauturiers. Les proportions du corps suggèrent un animal plus léger et plus agile en vol que son cousin Tropeognathus, potentiellement capable de manœuvres plus serrées lors de la pêche.
Anhanguera était un piscivore spécialisé, comme en témoigne l'ensemble de son anatomie crânienne. Ses dents coniques, pointues et largement espacées, étaient idéalement disposées pour harponner les poissons à la surface de l'eau. Les dents antérieures étaient nettement plus grandes que les postérieures, formant une zone de capture efficace à l'extrémité du museau. La crête prémaxillaire jouait probablement un rôle hydrodynamique similaire à celle de Tropeognathus, stabilisant le bec lors de la pêche en vol rasant. L'analyse de la morphologie fonctionnelle du crâne indique que les mâchoires pouvaient se fermer rapidement, une nécessité pour capturer des poissons rapides. Anhanguera chassait probablement dans les eaux côtières et pélagiques du proto-Atlantique Sud, ciblant les petits et moyens poissons des eaux de surface. La diversité des espèces d'Anhanguera et de ses proches parents dans le bassin d'Araripe suggère un partitionnement des ressources alimentaires, chaque espèce ciblant des proies de tailles ou de profondeurs différentes.
Anhanguera habitait les environnements marins côtiers et pélagiques du Crétacé inférieur, principalement dans la région du bassin d'Araripe au Brésil, mais probablement aussi au-dessus des vastes étendues de l'Atlantique Sud en formation. Les fossiles de la Formation Santana témoignent d'un environnement de lagunes côtières et de mers peu profondes dans un climat tropical. La distribution géographique d'Anhanguera et de ses proches parents (Angleterre, Australie, Maroc) suggère un animal capable de traverser les océans ou au minimum de parcourir de très longues distances au-dessus de l'eau, à la manière des albatros et des frégates modernes. Cette distribution mondiale confirme le mode de vie pélagique de l'animal. Les zones côtières servaient de sites de nidification et de repos, tandis que les eaux pélagiques constituaient les terrains de chasse principaux. Le bassin d'Araripe, avec sa richesse en fossiles de ptérosaures, de poissons et d'invertébrés marins, représentait un hotspot de biodiversité marine au Crétacé inférieur.
L'anatomie d'Anhanguera était typique des ptérosaures ornithocheiridés adaptés au vol hauturier et à la pêche marine. Le crâne allongé et étroit présentait une crête osseuse arrondie sur le prémaxillaire, moins proéminente que les carènes de Tropeognathus mais néanmoins caractéristique. Les dents coniques et pointues étaient implantées dans des alvéoles, les plus grandes à l'avant du museau et diminuant progressivement vers l'arrière. Les ailes étaient longues et étroites, avec un haut ratio d'allongement optimal pour le vol plané dynamique au-dessus de l'océan. L'humérus portait une crête deltopectorale bien développée pour l'ancrage des puissants muscles pectoraux nécessaires au battement d'ailes lors du décollage et de la montée. Le notarium (fusion des vertèbres dorsales) renforçait le tronc contre les contraintes aérodynamiques. Le sternum portait un bréchet proéminent. Les pieds étaient petits mais avec des griffes fonctionnelles. Le squelette entier était hautement pneumatisé, avec des os creux connectés au système de sacs aériens, réduisant considérablement le poids pour un animal de cette envergure.
Le comportement d'Anhanguera reflétait celui d'un prédateur aérien spécialisé dans la pêche en milieu marin ouvert. Ses ailes longues et étroites étaient conçues pour le vol plané dynamique, une technique de vol exploitant les différences de vitesse du vent entre la surface de l'eau et l'altitude pour maintenir le vol sans battement d'ailes actif. Anhanguera pêchait probablement en volant à basse altitude au-dessus de la surface marine, plongeant ses mâchoires dans l'eau pour saisir les poissons, une technique similaire à celle des becs-en-ciseaux mais aussi comparable à celle des sternes plongeuses. La coexistence de plusieurs espèces de ptérosaures piscivores dans le bassin d'Araripe (Anhanguera, Tropeognathus, Brasileodactylus) implique un partage des ressources, possiblement par la taille des proies ciblées ou les zones de pêche préférées. La nidification se faisait probablement en colonies sur les côtes ou les îles, les adultes effectuant des allers-retours réguliers entre les zones de pêche et le nid pour alimenter les jeunes. Les études aérodynamiques suggèrent qu'Anhanguera pouvait atteindre des vitesses de vol de 30 à 50 km/h en croisière.
Anhanguera fut décrit pour la première fois en 1985 par les paléontologues brésiliens Diogenes de Almeida Campos et Alexander Kellner, à partir de fossiles de la Formation Santana du bassin d'Araripe. Le nom Anhanguera vient du tupi ancien signifiant « ancien diable » ou « esprit maléfique » (anhanga « esprit, diable » + era « ancien »), une créature de la mythologie indigène brésilienne. L'espèce type, A. blittersdorffi, honore le baron de Blittersdorff. Le genre a connu une histoire taxonomique mouvementée, avec de nombreuses espèces décrites puis reclassées. Les fossiles sont préservés en trois dimensions dans les nodules calcaires caractéristiques du bassin d'Araripe, permettant une étude anatomique détaillée. Le spécimen type inclut un crâne remarquablement complet. Des restes attribués à des anhanguéridés proches ont été découverts en Angleterre (Formation Cambridge Greensand), en Australie et au Maroc, suggérant une distribution quasi cosmopolite de la famille au Crétacé inférieur. Anhanguera est l'un des ptérosaures brésiliens les plus étudiés et a contribué de manière significative à la compréhension de l'évolution et de l'écologie des ptérodactyloïdes.
| Période | Crétacé inférieur / Early Cretaceous |
| Ère | Mésozoïque / Mesozoic |
| Âge | 112 - 100 Ma |
| Localisation | Distribution mondiale (Brésil, Angleterre, Australie, Maroc) / Worldwide (Brazil, England, Australia, Morocco) |
| Longueur | Envergure / Wingspan: 4.5 m |
| Hauteur | ~1 m (debout / standing) |
| Poids | 15-25 kg |
| Régime | Piscivore |
| Découverte | 1985 |
Non, Anhanguera blittersdorffi était un ptérosaure, un reptile volant distinct des dinosaures. Il vivait au Crétacé inférieur, il y a environ 112 à 100 millions d'années, au-dessus des mers côtières du proto-Atlantique Sud. Les ptérosaures constituent leur propre groupe de reptiles archosaures, séparé des dinosaures depuis le Trias.
Anhanguera blittersdorffi atteignait une envergure de 4 à 5 mètres pour un poids estimé de 10 à 15 kg. Ses ailes longues et étroites lui permettaient le vol plané dynamique à basse altitude. Il pêchait en effleurant la surface de l'eau avec ses dents coniques pointées vers l'avant, capable de voler en croisière à 30-50 km/h.
La crête arrondie sur le prémaxillaire d'Anhanguera blittersdorffi jouait probablement un rôle hydrodynamique lors de la pêche en vol rasant, stabilisant le bec à l'impact de l'eau. Elle pouvait aussi servir à la reconnaissance interspécifique ou à la sélection sexuelle, comme chez de nombreux oiseaux marins modernes possédant des ornements crâniens.

Reconstitution de Anhanguera blittersdorffi par Matt Martyniuk
Matt Martyniuk / Wikimedia Commons

Squelette monté d'Anhanguera au North American Museum of Ancient Life
Wikimedia Commons